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10/10/2012

Tremplin, pour sautiller

Le journal "20 minutes" posait la question il y a quelques jours :

"Enchaîner les CDD, tremplin ou galère" ?

Je pensais que le sujet amènerait beaucoup de plus d'échanges, de témoignages, eu égard au déchaînement de passions qu'il peut y avoir parfois sur d'autres thèmes.

Je n'ai personnellement pas témoigné, mais je retrouve dans certains messages une partie de ma vie.

Si l'on faisait une dissertation sur le sujet, on aurait probablement thèse/antithèse/synthèse.

Si moi, "victime" de ce concept, je m'exprime, je file directement à la synthèse. Au pire ça reprend en partie ce que j'ai déjà dit au fil de billets récapitulant partiellement ma vie de galères professionnelles.

En préambule, je pense pouvoir affirmer que oui, et même un grand OUI, les CDD sont formateurs. Ils sont nécessaires à l'entrée dans le monde du travail. Soit parce que le futur actif se "cherche" un peu et donc doit aborder divers secteurs, diverses activités.

Ou alors la personne a déjà une idée précise du domaine dans lequel elle va/veut travailler, mais peut l'appréhender dans diverses structures.

Et aussi tout simplement parce que quand on sort de l'Ecole, diplômé ou pas, le CDD c'est un peu inéluctable. Il est en effet assez rare, sauf quelques exceptions, de se voir confier un CDI sitôt la porte de la Fac ou du Lycée refermée derrière soi.


Mais après. Après un CDD, puis un autre et encore un. De durées variables, et aussi hélas dans des fonctions différentes d'un CDD à un autre, le supposé tremplin a vite fait de se couvrir de savon noir.

Il devient une pente hyper glissante avec tendance à stigmatiser l'heureux possesseur du CV diversifié. Souvent considéré comme instable. Souvent stigmatisé. Et la fierté d'avoir su se rendre polyvalent, d'avoir montrer des capacités d'adaptation à n'importe quel environnement de travail laisse place à la gêne. A la culpabilité.

Coupable de n'avoir pas su transformer l'essai. Mais le CDD n'est pas un essai vers le CDI (même si des recruteurs peu soucieux du droit du travail ne se privent pas pour libeller ainsi des offres).

Coupables à tel point que certains maintenant n'hésitent plus, lorsqu'ils quittent une mission en CDD à demander en plus du certificat de travail, une attestation dans l'esprit des lettres de recommandation, mais précisant en sus que le contrat était à durée déterminée et que c'est pour nulle autre raison que la personne se retrouve sur le marché du travail.

Parce que vient un moment, difficile à pointer avec précision, ou l'accumulation de CDD semble compliquer l'intégration future vers un contrat plus stable, ailleurs.

Est-ce après 3 CDD, ou 10, ou vu en années, après 2 ans, ou 8. Personne ne le sait.

Moi j'ai vite acquis la certitude que l'addition de deux malheurs n'a jamais fait un bonheur. Et dans le même esprit si on l'extrapole, l'association de plusieurs CDD ne paraît donc pas toujours créer le terrain adéquat vers la stabilité.

Pire, la précarité semble engendrer la précarité.

Alors avec mon expérience qui évidemment ne saurait créer une généralité, je peux affirmer que :

Un CDD ça va, trop de CDD bonjour les dégâts.

Et ce sans parler des dommages co-latéraux. Parce que l'individu ne ferait pas du CDI son Saint-Grâal si le CDI n'était pas le passeport vers l'amélioration du quotidien. Le moindre emprunt, le moindre projet est conditionné par nos situations professionnelles.

Et si je pousse la réflexion plus loin, suis pas non plus pleinement convaincue que le salarié ait formidablement envie de se donner à fond dans son travail quand il enchaîne son énième contrat précaire. Le dernier recruteur en date risque alors de payer les pots cassés du passé.

La dévotion a ses limites.

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