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01/12/2011

[Mini-Série Médicale] Episode 4/6

Nous arrivons à l'hôpital en début d'après-midi du 11 novembre. Toujours pas de RV au scanner et la PL toujours pas réalisée. La toubib ne peut réaliser la PL tant qu'on ne lui donne pas un créneau pour le scan histoire que les deux actes ne se télescopent pas.

Son pote infirmier qui est déjà à au moins 30 h de présence à l'hôpital et qui a pris des nouvelles de son côté nous rejoint. Un geste que jamais nous n'oublierons. Il passera près de 2 h avec nous. Mais le médecin refuse qu'il soit présent à nos côté lorsqu'elle nous fait un "mini-bilan" de la situation…

A force d'insister elle réussira à obtenir une place en soins intensifs (SI plus loin) mais pas avant fin de journée, début de soirée. Soit plus de 24 h après hospitalisation. Paradoxalement, un transfèrement en soins intensif nous rassure. Ouf de soulagement.

A quoi Frangin se raccroche-t-il pour être encore en vie, pour se battre ? Quel est donc ce fil qui le maintient encore auprès de nous.

On ne peut pas le voir, il est préparé pour la PL. Tout juste je l'aperçois dans l'encadrement de la porte. Il semble avoir pris 30 ans en 30 h. Nous aussi.

La PL sera donc bien réalisée en médecine interne, pour gagner du temps.

A ce moment là, évidemment que toutes les supputations ont été faites. Y compris les plus "exotiques". La PL tend à me laisser supposer qu'ils veulent aussi éliminer un cas de méningite.

Le soir même, petit frère est donc acheminé en soins intensifs. On nous fait patienter dans la salle d'attente le temps de l'installer. Ca nous donne tout le temps et le loisir de prendre connaissance du règlement particulier afférent à ce lieu. Notamment pas plus de deux visites simultanées ou encore le passage en sas pour se laver les mains au savon puis solution hydroalcoolique.

On répond en même temps aux multiples appels de tous ses copains qui s'interrogent, s'affolent, veulent le voir.

Son téléphone, un Iphone que je vais devoir apprendre à maîtriser en 5 min sature. Le mien et celui de maman aussi. Je ne compte plus le nombre de SMS vides, des bulles comme il me dira plus tard, que j'ai envoyé par maladresse.

A nouveau on prend conscience à quel point "on ne choisit pas sa famille ; on choisit ses amis"…

Puis on nous accompagne à son chevet. Il est cette fois relié à plein d'appareils. Et sans aucune exagération, des litres de perfusions passent en lui.

Une infirmière tente de le faire sortir de sa léthargie en le forçant à ouvrir les yeux, tandis que ceux de maman et les miens tentent de contrôler leurs larmes.

A peine réussit-il à balbutier d'un autre monde après avoir entendu ma voix, que je suis sa sœur. Une victoire.

Nous resterons auprès de lui environ 1h. Il dort. Enfin ce n'est pas du sommeil, plutôt une forme de torpeur. On lui parle.

On nous assure que des tests se poursuivent, que le résultat de la PL et du scan ne sont pas encore connus.

Les personnels tentent de nous rassurer aussi. Nous sommes enfin écoutés et interrogés.

Je me résigne à proposer à maman de rentrer.


Vers 23 h, nous appelons le service… Et là une infirmière, de nuit donc, nous affirme qu'il est réveillé. Fatigué. Extrêmement fatigué. Mais qu'il répond aux questions. Péniblement cependant.

Je suis totalement abasourdie. Je lui redemande 10 fois si elle me parle bien du bon patient. Mais oui. Frangin répond aux questions des personnels. Il se force. Il répond à côté. Mais il communique en balbutiant ou en remuant un doigt ou en clignant des yeux. Mais il communique.

Le lendemain après-midi, nous revoilà à son chevet. Nous somme le 12 novembre. Il dort. Là par contre on distingue bien le sommeil de sa léthargie. Il semble apaisé. Usé, vieilli, mais rajeuni en fait.

A son réveil, je m'inquiète un peu de sa réaction, mais il me reconnaît. Il a des difficultés à s'exprimer car du fait de sa déshydratation, ses lèvres sont gercées comme s'il avait passé des journées en plein désert, comme dans les films… Sa langue est très gonflée. Au moins double de volume et son palais est aussi aride que Gobi.

Je vais donc m'enquérir de quelques infos. Notamment je veux savoir s'il peut boire, ou du moins si on peut lui passer un peu de brumisateur.

Un médecin, avec une diplomatie à chier -mais à ce stade, du moment qu'on nous écoute enfin, on s'en fiche un peu ; en plus faut dire aussi qu'on est un poil sur les nerfs et de fait un peu maladroits- vient m'informer qu'il est préférable tant que l'essentiel des tests n'est pas terminé, qu'il ne boive pas. Les perf lui apportent tout ce dont son corps à besoin pour tenir.

Au passage, les médecins des SI ne comprennent pas que son dernier passage en médecine interne n'a pas donné lieu à plus d'investigations. On apprendra plus tard que la toubib alors responsable s'est virulemment fait sermoner...

Tenir oui, mais à quoi ? Pourquoi ?

Et là, une 1re réponse tombe : méningite. Soupçon de méningite. Ca raisonne dans ma tête. Volontairement je ne cite pas ici le type de méningite que les docs semblent avoir détecté pour ne pas avoir ensuite à répondre à des mails sur un sujet médical complexe.

En parallèle, ils éliminent (ou pas) d'autres hypothèses de travail.

Plus tard, mes infos, sur le net, sur des sites spécialisés, et auprès de notre médecin de famille m'informent des chances de survie, déjà pas élevées. Et si survie, des probabilités de séquelles physiques et mentales, qui le sont elles d'élevées.

Le toubib des SI me rassure quand même sur le fait que Frangin est entre de bonnes mains. Et sous vidéosurveillance constante.

D'ailleurs, pour l'anecdote, c'est mon frère qui me montrera en souriant c'est important, la caméra du doigt. C'est lui aussi qui m'explique en murmurant, à qui servent les appareils. Ce qu'ils mesurent. 

Voilà donc au bout de 48 h un frangin qui sort la tête du sable. Voilà donc un traitement qui semble porter ses fruits. Celui contre la méningite.

Mais, il y a un mais, parfois Frangin tient des propos confus. Parfois Frangin a des hallucinations. Et des absences. Il oublie presque toutes nos discussions. Et ça pourrait perdurer, à vie.

Le samedi passe de la même façon. Son état s'améliore visiblement, mais on ne sait toujours pas de quoi il a souffert au début, en juillet. Etait-ce le virus de l'herpès qui s'était installé, et qui s'est déclaré ensuite sous forme de méningite, vu son affaiblissement général ? Très probablement. C'est en tout cas une possibilité que mon propre chirurgien (un plasticien mais médecin avant tout), me confirmera plus tard lorsque j'évoque le sujet avec lui.

Ou peut-être a-t-il souffert d'autre chose. Dans plus de 80 % des cas, la médecine ne trouve pas. Dans le cas de frangin, ils ont étudié des centaines de possibilités, jour et nuit. Des centaines de tests, prélèvements ont traversé la France du nord au sud et d'est en ouest pour être analysés dans des labo spécialisés.

Le samedi, nous acceptons que sa marraine le voit. Non sans l'avoir prévenue de son état dégradé. Elle ne se sent pas le courage de prendre le volant, donc je réunis mes forces pour faire taxi.

Le dimanche impossible pour nous de refuser à ses potes de passer. De l'avis de l'équipe ça ne peut que lui faire du bien. Et lui même semble se réjouir des visites. Il retrouve le sourire et plaisante même entre deux délires (délires au sens propre et pas figuré), avec les infirmières, sur le remaniement ministériel intervenu ce week-end là.

L'avis de ses potes que nous connaissons bien pour les côtoyer régulièrement, sur son état général nous sera d'une indication précieuse.

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