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28/11/2011

[Mini-Série Médicale] Episode 3/6

Puis entre le 9 et le 10 novembre 2010, l'état de mon frère décline subitement de façon fulgurante. Et pour cause, grande perte de poids très rapide, perte musculaire concomitante, et surtout, je le sens déshydraté. Rappelons qu'il vomit toujours tout. Pire, pour une cuillerée d'eau péniblement ingurgitée, son organisme en rend des quantités effrayantes. Et qu'il ne mange toujours pas. Rien. On a tout essayé depuis les oursons de Lu aux fraises Tagada en passant par des barres protéinées.

Je précise au passage que tout comme moi et une grande partie de ma famille, mon frère avait "des problèmes de poids". Si bien que quand il a commencé à perdre, je soupçonne les médecins, tous, d'avoir laissé faire sciemment le processus de perte se disant que c'était ça de "gagné" (ou de perdu).

Le 10 novembre 2010, Frangin est donc très faible. Semi-conscient. J'appelle le généraliste qui confirme la déshydratation. Mais à voir la tête -des mauvais jours- du toubib, je sens que la situation est grave et nous échappe. Pire lui échappe. Soyons clairs, mon frangin meurt à petit feu dans la quasi indifférence généralisée de la médecine.

Hospitalisé en urgence, aux urgences, l'après midi du 10 novembre, nous allons attendre plus de 5 heures avant d'avoir des nouvelles, que nous devrons quémander sinon on attendrait encore ! Tout comme attendent des dizaines de personnes, certaines depuis 24 h !

Il est 20 h quand nous nous décidons à faire une chose terrible ; nous avons commencé à "préparer" ses potes et la famille…

Lorsque l'agent d'accueil revient, j'envoie donc maman dans le box à la rencontre d'un urgentiste puisque les "accompagnements" sont limités à une seule personne. Environ 1 h plus tard, une aide soignante vient me chercher pour me conduire auprès de mon frère. Je dis à la jeune fille qu'il y a déjà ma mère. Elle me répond qu'on lui a demandé de venir me chercher. Là je me dis que c'est fini… Que un an et deux mois jours pour jours après le décès de mon papa, on revit le cauchemar.

Je suis fébrilement la personne et me retrouve dans un box avec ma mère en pleurs, un urgentiste qui semble réellement faire preuve d'intérêt et d'empathie, ainsi qu'un infirmier que je ne reconnais pas sur le coup, mais qui s'avère être un pote de Frangin. La fatigue d'infirmier urgentiste n'aide en rien : il a l'air aussi déconfit que les autres.


Frangin est toujours de ce monde, mais pour combien de temps. Il est en cours de réhydratation, déjà un point de gagné. Mais une goutte d'eau sans jeu de mots, dans l'océan face à plus de 4 mois de déclin. 

Et l'urgentiste de nous avouer qu'il ne comprend pas… qu'il ne comprend rien. Il ne comprend pas comment un mec avec une santé et une volonté de fer à pu en arriver là. Ni comment et pourquoi personne ne s'est penché plus sérieusement sur ce cas avant.

Curieusement, c'est le 1er médecin à être honnête avec nous, alors même si les nouvelles sont à chier, aux antipodes d'être rassurantes, on se dit qu'on va peut-être avancer. C'est tout le paradoxe.

Notons à ce stade de la situation que le fait qu'un de ses potes, de surcroît infirmier, se soit saisit de ce cas (il avait vu son nom tomber sur les ordi pour les arrivées de patients), sera pour nous nous aide extraordinaire.

Et le cauchemar continue. Pas de place en réanimation. Pas non plus de place en soins intensifs…

Les box des urgences sont saturés, les couloirs et mêmes les salles à usage réservés aux personnels (ou matériels et produits) sont pleins de patients, malades ou blessés qui attendent parfois depuis plus de 24 heures qu'on les affecte à leur pavillon de destination. Voire même en clinique ou dans un autre hôpital. Un pauvre gars pour qui le diagnostic est posé est là a attendre depuis 10 h du matin qu'un lit se libère en urologie, au CHU ou ailleurs… Rien non plus en trauma pour un jeune qui s'est pulvérisé tibia et péroné. Enfin on le suppose, parce que pas de place en radio non plus…

Services réduits comme peau de chagrin. Et week-end prolongé du 11 novembre.

On constate malheureusement que ceux qui gueulent dès leur arrivée sont servis plus vite et écoutés alors que ceux qui patientent "conformément à la réglementation en vigueur" dirais-je, sont plus ou moins abandonnés. Un comble.

J'explique à l'urgentiste que le seul endroit du corps de frangin qui n'a pas encore été analysé, étudié, c'est sa tête. Oui parce que par souci d'économie, le scanner réalisé préalablement ne concernait que le tronc…

Vers 23 h ou peut-être minuit, nous devons nous résigner à rentrer chez nous maman et moi. Frangin est sous surveillance étroite, et état stable. Etat proche du néant, mais stable. Un déchirement de nous en aller. La famille et les potes sont abasourdis et nos boites vocales prises d'assaut.

Vers 1h du matin, le téléphone, le fixe, sonne. On est habituées dans la famille. Mais là, j'avoue que je flippe comme jamais. Je sens mon cœur s'emballer.

Quand maman décroche elle s'attend au pire. Moi j'ai déjà chaussé mes lunettes et m'apprête à me vêtir pour le pire.

En fait, c'est pour nous informer qu'aucune place n'ayant pu lui être trouvé en réa ou aux soins intensifs, on le renvoie donc en médecine interne ! Oui ce pavillon fourre-tout dont il est ressortit précédemment, en dépit de résultats médiocres.

Vers 7 h, j'appelle donc ce service. La toubib de garde est très embêtée. Ne le cachons pas, Frangin est un boulet pour le service. Plus tard on apprendra qu'elle a passé sa nuit à le faire surveiller comme le lait sur le feu, et donc à mobiliser ses infirmiers et aide-soignants déjà pas nombreux sur un seul patient. Mon petit frère est dans une sorte de coma, de léthargie, avec un pronostic vital que l'on n'ose nous avouer réservé si ce n'était engagé, mais pas sous surveillance électronique puisque pas en réa ou soins intensifs.

Cette médecin nous explique qu'elle demande scanner complet et ponction lombaire (PL). Un 11 novembre, week-end. C'est pas gagné vu l'état des lieux de la veille aux urgences.

Vu l'état de mon frère, j'avoue que moi je me demande comment il va supporter une PL, ce à quoi elle répondra à mon inquiétude qu'on s'en fait tout un monde mais que au final, c'est comme une piqûre banale… Au stade où nous en sommes, on tente de nous faire avaler n'importe quelle couleuvre.

Nous passons ensuite voir ses potes pompiers avec qui il devrait être en ce frais matin du 11 novembre, comme chaque année pour les cérémonies. Tous sont déjà informés depuis la veille. Je leur apporte des nouvelles. Pas rassurantes.

08:39 Publié dans Mini-Séries | Lien permanent | |  Facebook

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