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23/11/2011

[Mini-Série Médicale] Episode 1/6

Je démarre là un feuilleton. Une sorte de mini-série hospitalière. Ami lecteur, lectrice tu mates Dr House, Grey's Anatomy ou Urgence (pour perfectionner ton anglais et pas pour P. Dempsey, G. Clooney ou K. Heigl, ça va de soi).

Nous, ma famille, étions il y a un an les personnages des trois séries réunies.

Alors je préviens, c'est en 6 épisodes + épilogue. A raison de deux ou trois par semaine pour ne pas trop étaler l'histoire sur la durée. C'est juste une autre chronique de vie. Une situation comme il en arrive à plein de gens. Hélas… Mais qui vaut d'être narrée pour montrer à quel point là aussi des dysfonctionnement ou "erreurs" de jugement peuvent avoir des conséquences terribles.

 J'édite pour venir préciser que si vous voyez vous aussi ces textes avec des caractères en gras, ce n'est absolument pas de mon fait. Je découvre ça comme vous... J'ai fait quelques corrections.

 

Il y a un an maintenant, le 10 novembre 2010 nous devions hospitaliser Frangin en urgence.

Alors pourquoi un billet, un feuilleton même, sur cette histoire. Et pourquoi -uniquement- maintenant ?

Maintenant, parce que cette période ajoutée au reste fut un cap difficile à passer. Le billet dans ses grandes lignes est prêt depuis longtemps déjà puisqu'il est issu des notes que j'ai prises au fil du temps. J'ai écrit au fur et à mesure, pour mieux pouvoir reprendre et tempérer des réactions peut-être un peu trop "à chaud" (suis une sanguine lol). Et aussi pour avoir des traces si quelque chose de terrible était arrivé.

Je ne voulais pas surcharger mon blog avec plus de 3 notes par semaine, du coup j'ai attendu. Et à force d'attendre, la date "anniversaire" de ce terrible moment est arrivée. Finalement, je fais coïncider avec la publication.

Et pourquoi je viens étaler sa vie vous demandez-vous ? Tout simplement parce que ce parcours médical là, semé d'embûches, est quelque part symptomatique du devenir de notre système de santé. Et ça n'augure rien de bon pour l'avenir. Ca va même en déclinant de façon quasi exponentielle. 

Donc ce que relate ce billet à épisodes ne doit évidemment pas donner lieu à généralité, mais juste informer avec une situation concrète, de la façon dont notre système de santé, notamment en milieu hospitalier public, périclite. Se gangrène. Il s'auto-détruit à petit feu.

C'est donc une sorte de feuilleton qui fait froid dans le dos. Un feuilleton qui va faire connaître à ceux qui ne l'ont approché que de loin, ou juste temporairement, l'envers du décor des soins et prise en charge des patients, en France, et dans une agglomération de plus de 350 000 habitants, qui dispose de plusieurs hôpitaux dont un CHRU (donc pas vraiment un désert médical, sur le papier), et ce depuis que nous sommes soumis à d'innombrables lois visant à démanteler notre système de soins.

Lois nous obligeant à passer par des médecins référents, instaurant de la médecine à plusieurs vitesses, et obligeant des malades à errer de salles d'attente en services hospitaliers, de laboratoires de prise de sang en centre de radiologie alors même qu'ils sont épuisés, et peut-être même contagieux, d'avancer des sommes importantes chez certains spécialistes…

Notre famille déjà bien amochée par le décès de mon papa a été mise sans dessus-dessous  mais paradoxalement l'adrénaline nous a donné des ressources insoupçonnées ; il fallait bien continuer à assurer et assumer le quotidien. Si bien que nous n'avons pour ainsi dire pas connu l'épuisement.


Donc, il était une fois un jeune homme, dit Frangin. Mon petit frère. Un roc de 35 ans que rien ne semble pouvoir abattre. Bosseur, toujours prêt à aider les potes, et pas du genre à se plaindre non plus. Raisonnable, pausé, tempéré. Mon contraire. Un emploi un peu fatiguant, mais quel job ne l'est pas (qui a dit politicien ?!!! lol) et des activités annexes (pompier volontaire). Ne compte pas ses heures.

Courant juillet 2010, à 3 semaines des congés, il se sent fatigué. Une sorte de version estivale d'un état grippal. Alors comme dans la famille nous ne sommes pas du genre à nous rendre chez le médecin pour de si mineurs symptômes qui nous feront juste gagner une prescription pour du paracétamol, et perdre 2 h de notre temps (et nous chopper un truc contagieux dans la salle d'attente du toubib !), il se décide pour l'automédication, au paracétamol justement.

Au bout de 4 ou 5 jours, les symptômes sont toujours présents, faut donc se rendre à l'évidence. Traitement inefficace.

Une consultation chez le généraliste s'impose. Celui-ci diagnostique une bronchite. Pas de toux ni autre signe distinctifs pourtant. Et prescrit un traitement, lui aussi à base paracétamol mais plus fort.

Quelques jours passent, et la situation empire. La personne s'affaiblit de plus en plus. La fièvre que l'on ne faisait jusque là que soupçonner, augmente. A présent plus de 39° sont confirmés.

Nouvelle consultation, car cette personne ne peut plus assumer son travail, vu son état, et doit se résigner à s'arrêter, à 1 semaine de ses congés.

Autre toubib, le médecin "référent" étant en vacances, un arrêt de 3 jours est prescrit, il sera suivi de nombreux autres de durées variables, et une prise de sang. Mais les jours passent, la situation ne s'arrange pas. On (nous, ses proches et copains, collègues) commence à être à bout (de nerfs) et lui à bout, de nerfs, et à bout, physiquement. Fatigue, perte de poids et de masse musculaire puisqu'il ne s'alimente presque plus, extrême pâleur.

La prise de sang n'oriente en rien sur un diagnostic. Le médecin prescrit des radios. Et là, après des appels auprès de 5 centres dans un périmètre de 15 km, impossible d'avoir un RV avant 15 jours… Le médecin nous avouera même avoir dû envoyer un autre de ses patients aux confins du département, à près de 35 km…

Pendant ce temps, l'état de santé ne s'arrange pas. Les toubibs et nous, commençons à spéculer, et aussi a envisager le pire du pire. La fièvre commence à dépasser les 40° depuis déjà 4 ou 5 jours au moins. Le toubib prolonge son arrêt et lui trouve un RV en urgence pour les radios, mais n'envisage pas l'hospitalisation. Il lui suggère cependant de se rendre aux urgences, si la situation s'aggrave (41 de fièvre sans doute ?) le WE du 15 août, car, je cite "au moins là-bas, ils seront bien obligés de les faire les examens…". Même le toubib est résigné...

Le patient patiente en attendant les derniers résultats de la prise de sang. Bactérien ou viral telle est la question puisque "les antibiotiques, c'est pas automatique" hein, selon la pub… Donc avant d'en prescrire maintenant faut être sûrs d'une part que c'est bactérien et d'autre part, de savoir où se planque la bactérie, ce qui revient à chercher un grain de sel dans une benne de sucre, pour cibler les antibio. Pour ça, prise de sang (pas automatique non plus).

Le toubib n°2 part en vacances. Le n°3 du cabinet est lui déjà absent, mais remplacé. Au passage, c'est bien la peine de se fédérer en cabinet de groupe, si on ne peut compter sur aucun "titulaire" à un moment X de l'année…

C'est donc un médecin diplômé depuis la veille (et encore, pas certaine), qui prend la relève et s'avèrera finalement être le plus efficace. Et il décide d'envoyer le malade, qui maintenant tient à peine debout… à l'hôpital auprès d'un spécialiste des maladies bactériennes, puisque tel semble être le cas d'après les derniers résultats. Résultats qu'on aurait eu bien avant si les médecins avaient demandé les bonnes recherches. Mais en consultation. Et prend rendez-vous lui même, sinon, en 2015 le RV hein…

08:55 Publié dans Mini-Séries | Lien permanent | |  Facebook

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