21/12/2010
Médecin-contrôle ?
Vu au journal TV, le 19/20 de France 3 (voir édition du lundi 20 à environ 15 min de lecture) un reportage concernant le contrôle des salariés en arrêt maladie.
Déjà, l'Etat et les patrons cherchent clairement à nous faire culpabiliser d'être malades ou accidentés. Après tout, c'est pas une petite perf qui devrait nous empêcher de bosser. Ni 40° de fièvre et une potentielle contagion, puisque grâce à la grippe d'un pauvre nif-nif ou nouf-nouf du fin fond du Mexique, on a un stock de masques de protection à utiliser.
Et l'Etat se décharge évidemment sur le privé pour les contrôles. Comme il y a de moins en moins de personnels dévolus à cette tâche dans les CPAM mais que les patrons -pardon, certains employeurs- veulent voir leurs employés au travail, morts ou vifs, et donc n'hésitent pas à faire appel à des prestataires privés pour s'assurer de la légitimité d'un arrêt de travail.
Voilà donc un médecin généraliste, payé par une société spécialisée pour assurer quelques vacations de contrôle. Donc si on déroule le fil, et qu'on supprime les intermédiaires, payé par l'employeur en fait... ce qui déjà pose donc de sérieuses interrogations quant à la partialité du toubib dans sa bonne action du jour.
Dans le reportage, il se présente chez un gars en arrêt depuis un an. Alors, pour cette note, peu m'importe de savoir si son arrêt est légitime ou de complaisance. Là n'est pas la question. Pas plus que d'ouvrir un débat sur les abus, pas aussi nombreux que l'Etat voudrait bien nous le faire croire, soi dit en passant.
Non, ce qui me dérange pour ce cas là, c'est la réflexion du médecin-contrôleur qui ordonne à ce salarié une reprise de travail "à l'essai" et qui lui dit, et là je cite : "si vous n'y arrivez pas, faudra démissionner ou choisir un autre métier" !
Et c'est là que je bondis. J'hallucine d'entendre un tel discours. Démissionner, choisir un autre métier ?!! Je crois rêver. Médecin, sûrement. Spécialiste en droit du travail, sans doute pas...
Parce que avant qu'un employé dans cette situation en soit "réduit" à donner sa démission, y'a quand même de nombreuses autres pistes à étudier. Légales, encadrées, prévues par le code du travail, le code de la sécurité sociale...
C'est flippant de voir à quel point et à quelle vitesse le système s'est dégradé.
08:32 Publié dans Aboiements, Actu, Eco & Société | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : arrêt maladie, incapacité














Commentaires
J'ai vu aussi ce reportage. Le journaliste a d'ailleurs bien souligné le conflit d'intérêt du médecin contrôleur payé par l'employeur.
A la fin on a vu aussi des médecins dubitatifs face à cette méthode de contrôle.
Le gouvernement ferait mieux de consacrer plus d'énergie sur les contrôles fiscaux de ces fameux employeurs. Il y aurait sûrement beaucoup à dire de ce côté...
Écrit par : Jérôme | 21/12/2010
yep, plutot d'accord avec le commentaire precedent.
Je rajouterai que comme tu le dis la culpabilite enfantee par les politaues/patrons/ certains medias n est que symptomatique de lq gouvernance des peuples aujourdhui.
Tu es malade..parce que tu ne veux pas travailler
Tu es en greve...parce que tu ne veux pas travailler
Tu ne veux pas faire d heures sup...parce que tu ne veux pas travailler
Tu prends trop de pause cafe...etc etc...
Bientot ce sera: tu ne veux pas que ton salaire soit gele...parce que tu ne veux pas travailler....
Écrit par : philippe | 21/12/2010
Comment dire, moi qui suit dans le droit du travail j'ai juste envie de lui faire avaler son stéthoscope.
on sent la personne très investit dans sa tâche et de médecin et de médecin du travail qui plus est!
mais depuis quelques années le gouvernement a tendance a " privatiser " les contrôles d'arrêts de travail afin de les rendre moins cher et surtout plus nombreux !!facile de dire que c'est la faute à ces méchants salariés qui prennent des arrêts pour aller jouer au tennis! bah oui voyons nous sommes tous des fraudeurs en puissance!
trop facile de se décharger de son incapacité à réduire le trou de la sécu comme cela.
Écrit par : Maud | 21/12/2010
On peut déplorer que le médecin du reportage prenne des libertés avec le Code du Travail, mais en même temps ce n'est pas sa discipline de prédilection. Pas sûre qu'un DRH puisse soigner une angine blanche... Mais bon, il avait aussi le choix de se taire, ce qu'il n'a pas fait.
Ce que je trouve impardonnable, en revanche, c'est de constater que l'homme à la tête de notre pays, avocat de profession, prenne autant de libertés, lui, avec le Droit, et de façon quasi-quotidienne.
Pas étonnant dès lors que le système dont tu parles parte en vrille...
Écrit par : Christelle | 21/12/2010
Je réponds de façon globale à tous les com', pour dire que en effet, certains médecins sont plus que sceptiques sur ces méthodes. D'une part pour le problème de partialité, mais aussi, parce que à l'origine, un médecin du travail est un toubib certes, mais spécialisé. Maud, qui semble s'y connaitre pourrait sans doute préciser.
Celui-là ne l'est manifestement pas et se permet des réflexions non seulement injustifiées mais aussi erronées (c'est clair qu'il a perdu une raison de la fermer, peut-être les effet de la présence de la TV ?!!!). Parce que annoncer de but en blanc à un salarié que soit il taf, soit il démissionne, c'est pour le moins léger... Imaginons 2 secondes qu'un salarié pas trop au courant de ses droits en la matière le prenne au mot... !
Clair aussi que nous sommes gouvernés par un avocat de profession (et sans doute plein de futurs autres vu la facilité avec laquelle ils -les Ministres- finalisent une VAE) qui applique le droit qui l'arrange, qui remanie les codes et la législation à sa façon... et ce en toute impunité.
Mais bon, de quoi je me plains hein ; je viens de toucher mon 13ème mois social : la prime de Noël (152,45 €)
Écrit par : L. | 21/12/2010
Oui en effet un médecin du travail est au même titre qu'un ophtalmo ou un chirurgien est spécialisé! c'est un choix. on a tendance a croire que les médecins du travail sont des médecins ratés... et bien non c'est une spécialité avec droit du travail et de la sécurité social inclus dans la formation. ils devraient au contraire mieux maîtriser le droit social que leurs confrères et surtout connaître les procédures en matière d'arrêts de travail, reprise etc.
m'enfin ca c'est sur le papier bien sûr.
Écrit par : Maud | 22/12/2010
ATTENTION Ne confondez pas MEDECIN du TRAVAIL et MEDECIN CONTROLEUR PRIVE
Le MEDECIN DU TRAVAIL n'a aucun rôle de controle des arrêts de travail. Il est la pour "éviter les atteintes à la santé , du fait du travail"
Il verra en consultation les salariés seulement à la reprise du travail
Il n'a pas le droit de consulter les salariés pendant leur arret de travail, sauf demande de l'intéressé (Visite de "préreprise")
Le MEDECIN CONTROLEUR PRIVE controle à domicile, pour le compte de l'employeur. S'il décide de la non justification de l'arret, l'employeur suspendra l'indemnisation complémentaire (à celle de la SS) de l'arrêt de travail.
Mais son avis est désormais transmis à la Sécurité sociale qui le prends en compte et supprime aussi les IJ (Indemnités Journalieres) sans que le salarié soit examiné par le médecin conseil de la SS .
Il y a des voies de recours, notamment le salarié peut demander à être examiné par le médecin conseil de la SS, dans les 5 jours.
Compte-tenu de la charge de travail de ces derniers et du peu de réactivité de la SS, il faut conseiller aux salariés d'utiliser systématiquement ce recours.
Doc.Bedel Médecin du Travail
Écrit par : doc.bedel | 22/12/2010
Bien sûr oui, nous faisons bien la distinction (en effet mon titre est mal adapté, je corrige lol). Celui qui ne l'a fait pas, ou mal, c'est le toubib du reportage, qui se permet une réflexion totalement erronée.
Lui dire de démissionner, c'est quand même un comble !
Écrit par : L. | 22/12/2010
Moi qui travaille à la sécu, si je disais que nous aussi, les employés nous sommes contrôlés par ces médecins privés pour le compte de notre employeur, la sécu.
On marche pas sur la tête là ?
Écrit par : cathy | 22/12/2010
@Cathy => J'ai bossé quelques mois pour la CPAM de mon département, et j'avais entendu parler de ça, en effet. Mais je n'ai rencontré personne qui sur un arrêt passé, avait été contrôlé...
Écrit par : L. | 23/12/2010
Etant bien placée puisque je travaille en collaboration avec le service du personnel de l'endroit où je bosse, je peux t'assurer que ça arrive tout le temps. Et si le médecin se déplace et que la personne n'est pas là (par exemple pour aller faire des courses ou chercher son enfant à l'école, ou aller chez son docteur (si,si), ou que le médecin n'a pas trouvé l'adresse exacte), et bien le médecin fait son rapport et le service du personnel compte la journée pour un sans solde.
Ce sont des mesures prises pour des agents qui sont absents "un peu trop souvent" et où leur responsable direct a un sérieux doute sur la cause de l'arrêt maladie. Ca arrive même à des agents du service du personnel de se faire contrôler. Mais le contrôle doit être "justifié" parce que c'est quand même pas donner financièrement parlant, et en ces temps de rigueur, les cadres y réfléchissent à 2 fois avant d'ordonner un contrôle sur leur subordonnés. Puis surtout après, bonjour l'ambiance dans le service !
Écrit par : cathy | 23/12/2010
En effet, c'est excellent pour la sérénité d'un service. Déjà qu'il en faut souvent peu pour plomber l'ambiance.
Puis bon, au final, des arrêts "de complaisance", injustifiés, y'en a beaucoup moins que les institutions veulent bien nous le faire croire (histoire de mieux nous faire culpabiliser).
De toute façon, faudrait aussi se demander pourquoi autant de salariés se mettent en arrêts pour des pathologies type "dépression", mal au dos et compagnie. C'est pas non plus par plaisir qu'on va perdre des dizaines d'€ sur un salaire au SMIC (et ce sont souvent ces gens là les plus touchés par les soucis de santé).
Écrit par : L. | 23/12/2010
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